Propassif : actualités formation et labellisation bâtiments passifs

28 novembre 2025

Projet Totem

Novembre

Alors que les journées raccourcissent et que les températures chutent, la question de la performance énergétique de nos bâtiments devient plus que jamais centrale.


L'Édito, 
Alors que les journées raccourcissent et que les températures chutent, la question de la performance énergétique de nos bâtiments devient plus que jamais centrale.
Plongeons au cœur du standard « passif » : une approche de construction qui combine confort, sobriété énergétique et respect de l’environnement.

Le logiciel MEET

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À l’échelle mondiale, l’énergie nécessaire à la production des matériaux de construction représente aujourd’hui une part relativement faible comparée à l’énergie utilisée par les bâtiments en fonctionnement. 

En 2022, environ 30 % de la consommation énergétique finale mondiale était liée à l’exploitation des bâtiments, tandis que la fabrication des matériaux n’en représentait que 4 %. Sur l’ensemble de la durée de vie d’un bâtiment, l’énergie opérationnelle domine donc largement, en particulier lorsqu’il n’a pas été conçu pour atteindre un haut niveau d’efficacité. Ainsi, l’optimisation de la performance énergétique en phase d’utilisation reste le principe fondamental pour quiconque souhaite transformer durablement l’environnement bâti.

Cela ne signifie toutefois pas que la consommation de ressources et l’impact carbone des matériaux doivent être relégués au second plan. Comprendre leur influence permet de prendre des décisions éclairées, de favoriser l’adoption de matériaux à faible intensité énergétique et de s’assurer que les efforts d’optimisation sont orientés vers les postes les plus pertinents. C’est précisément dans cette optique qu’intervient la nouvelle boîte à outils d’évaluation énergétique de la fabrication, MEET. L’un de ses modules, MEET 2, s’appuie sur les résultats du PHPP (Passive House Planning Package) pour répondre à une question essentielle : « Pour les matériaux que je sélectionne, quel est l’impact en termes d’énergie de fabrication et de potentiel de réchauffement climatique (GWP), et comment se compare-t-il à l’impact opérationnel du bâtiment ? » En pratique, MEET permet d’envisager simultanément les impacts de fabrication (incarnés) et les impacts opérationnels, dans un même flux de travail intuitif, sans quitter Excel.

MEET en bref


MEET est un outil d’évaluation basé sur Excel, développé par le Passive House Institute (PHI) pour aider les utilisateurs à mieux comprendre la relation entre l’énergie nécessaire à la fabrication des matériaux, l’énergie opérationnelle du bâtiment et les émissions de gaz à effet de serre associées. Il complète les calculs d’énergie opérationnelle du PHPP en quantifiant l’énergie de fabrication et les émissions des matériaux utilisés dans les fenêtres, les portes, les éléments opaques ou encore les systèmes techniques.

Initialement développé dans le cadre du projet outPHit, l’outil a depuis évolué. La dernière version, MEET 2, se connecte directement au PHPP 10.6 ou supérieur via une feuille d’interface, permettant de transférer les données pertinentes en quelques clics. 

MEET 2 peut ainsi évaluer un bâtiment complet dans un climat donné. Le webinaire PHI/iPHA « Introducing MEET: The embodied energy Passive House toolset » présente la logique et les objectifs de cette boîte à outils.

MEET 2 est actuellement en phase bêta. C’est donc une période idéale pour fournir des retours et contribuer à orienter son développement.

Les choix méthodologiques derrière MEET

Le PHI a conçu MEET en tenant compte de plusieurs considérations essentielles.

Afin de garantir des résultats comparables à ceux du PHPP, l’outil présente les impacts sous forme annuelle. Cela permet une comparaison directe entre énergie incarnée et énergie opérationnelle, et facilite l’utilisation de différentes durées d’évaluation.

Au-delà du GWP, MEET intègre l’énergie primaire nécessaire à la fabrication, renouvelable ou non. La demande énergétique est en effet un indicateur clé de l’efficacité de la production. Alors que le GWP varie fortement selon les pays, en fonction du mix énergétique local, et peut évoluer rapidement, l’énergie de fabrication constitue un indicateur plus stable, plus robuste et plus comparable internationalement. Cette approche permet aussi d’identifier clairement les potentiels d’économie d’énergie, puisque l’énergie non consommée n’a pas besoin d’être produite, qu’elle soit d’origine fossile ou renouvelable.

Les limites du système de MEET ont été définies pour inclure les étapes de fabrication (A1–A3, selon la norme EN 15804 : extraction des matières premières, transport, production) ainsi que la phase d’utilisation (B), comprenant fonctionnement et remplacements. Ces phases sont celles dont les impacts sont les plus pertinents et les plus fiables. Les scénarios de fin de vie (réutilisation, recyclage, élimination) ne sont pas considérés, car trop incertains à long terme dans un contexte d’évolution rapide des filières de circularité et des énergies renouvelables. L’énergie calorifique stockée dans les matériaux (PENRM, PERM) est également exclue, car elle ne reflète pas un potentiel d’optimisation pertinent dans ce contexte.

La durée de vie des matériaux, et donc les remplacements, sont implicitement intégrés grâce à la présentation annuelle des résultats. Une période d’évaluation de 40 ans est recommandée. Bien qu’elle soit plus courte que la durée de vie réelle d’un bâtiment, elle reste adaptée à la méthodologie MEET et permet une analyse significative des impacts.


Sources: https://passivehouseaccelerator.com/articles/meet-a-new-tool-for-embodied-energy-calculations [https://passivehouseaccelerator.com/articles/meet-a-new-tool-for-embodied-energy-calculations]


TOTEM de l’Innovation – Saint-Brieuc
Lieu : St Brieuc / Côtes D’Armor (22000)
Projet : CAF de St Brieuc / Totem de l’innovation
Dates : 1961 / 2025
Architectes : Jean Lemercier en 1961 / Nunc architectes en 2025
Certification EnerPHit / Classique remise lors de l’inauguration le 13/06/2025

L’ancien bâtiment de la CAF régionale construit dans les années 60, dominait de ses 9 étages l’environnement briochin. Renommé « Totem de l’Innovation » de Saint-Brieuc, sa rénovation est celle de l’un des bâtiments les plus emblématiques de la ville. Sa transformation en un immeuble de bureaux dédié aux « Startups » briochines fait les gros titres de la presse régionale depuis 5 ans. 

Après un lourd désamiantage et quelques difficultés en chantier, la certification EnerPHit a été mise sur pause pendant un certain temps.

Une étude approfondie de l’enveloppe et de la structure du bâtiment a montré que des solutions très pertinentes pouvaient être mises en place pour améliorer durablement l’étanchéité à l’air du bâtiment. Les gros défauts présents dans le système poteaux + moellons béton ont été gérés par enduit projeté, permettant ainsi une forte adaptabilité à la complexité des façades.

Certaines façades sont restées en ITI permettant de garder visible une partie « historique » du bâtiment (façade Nord principalement) tandis qu’un mur rideau recouvre la quasi-totalité de la façade ouest permettant des apports énergétiques et lumineux importants dans les bureaux et les coursives des étages intermédiaires.

Le local devant accueillir la future CTA à récupération de chaleur présentait une hauteur sous plafond très limitée réduisant drastiquement le choix des CTA potentielles. Le modèle Verso R70 de Komfovent a donc été certifiée spécifiquement pour le projet (appelée par le PHI « certification chantier »), affichant un rendement PHI de 81% (équivalent au rendement calculé selon la norme EN308) pour un débit de 14 500 m3/h.

Ce système assure ainsi un apport d’air neuf suffisant pour les 9 étages.

Le bâtiment certifié est équipé d’une GTB. Nous allons étudier ses relevés. L’assurance qualité EnerPHit que représente la certification impose à tous les participants aux projets d’atteindre les valeurs énergétiques de certification dans les trois années suivantes celle-ci.



Version 10 étendue 

Le lien ici : GUIDE LABELLISATION VERSION COMPACT & VERSION ÉTENDUE  

Le portrait du mois
Aujourd'hui, c'est Nicolas LAPRAY qui répond à nos questions.

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Présentez-nous votre entreprise et votre parcours professionnel. 

Maison Passive 71 a deux codirigeants, moi-même, Nicolas Lapray et Sébastien Gaudissard.

Je suis Ingénieur des Arts et Métiers de formation. Avant de débuter dans le bâtiment, j'ai eu une expérience de plus de 13 ans comme chef de projets en bureau d’études dans l’industrie. J’ai donc un profil très technique et j’adore toutes les lois de la physique ! Rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme…

Quant à Sébastien, informaticien de gestion, il a eu un parcours professionnel pluridisciplinaire en exerçant plusieurs métiers comme la formation, la gestion de projet, le management et la qualité. Manager dans l’âme, il aime le contact avec les gens et il considère chaque projet comme une nouvelle aventure, humaine avant tout.

J’ai créé Maison Passive 71 en 2017 et je me suis ensuite associé avec Sébastien en 2019 afin de développer la société. Notre objectif commun est de mettre à profit nos connaissances et partager nos expériences, avec une réelle envie de faire bouger les lignes dans le secteur de la construction et de la rénovation. Il est temps d'arrêter de faire les choses en dépit du bon sens dans le bâtiment !

Maison Passive 71 est spécialisée en performance énergétique et propose un accompagnement avec une approche globale des projets de rénovation et de construction de la genèse du projet jusqu’à la réalisation et le suivi des travaux réalisés.

Nous proposons des solutions durables, qui s'inscrivent dans une démarche globale et responsable et notre expertise de l'enveloppe thermique assure et garantit un confort thermique optimum en été comme en hiver avec de véritables économies d'énergie.

Au-delà de l’aspect économique et commerciale, nous sommes une entreprise engagée qui a pour objectif de participer, à notre échelle, à la transition énergétique mais également d’apporter des solutions à la précarité énergétique d’aujourd’hui et de demain. Nous sommes très attachés à proposer des solutions pragmatiques, cohérentes, simples, durables et efficaces.

En 6 ans, Maison Passive 71 a réalisé une quarantaine de rénovations, en grande partie des rénovations globales.

On peut citer une vingtaines de rénovations BBC, une rénovation passive certifiée et une dizaine de projets de rénovation listés dans la data base du PHI.

Nous avons également réalisé 3 constructions passive certifiables, une quatrième construction passive certifiée est en cours.


Pour quelles raisons avez-vous choisi de développer le standard passif ?  

Nous avons choisi de développer le standard passif car il représente, selon nous, l’avenir de la construction durable. Le passif permet de réduire de manière drastique les besoins en énergie tout en assurant un confort thermique optimum, été comme hiver. C’est une réponse concrète aux enjeux actuels : maîtrise des coûts énergétiques, réduction de l’empreinte carbone et amélioration de la qualité de vie. L’approche se concentre en priorité sur la performance des bâtiments et non sur la performance des systèmes actifs.

Notre engagement repose sur une conviction simple : construire aujourd’hui en passif, c’est offrir aux générations futures des bâtiments durables, économes et respectueux de l’environnement tout en assurant un confort de vie aux habitants.

Selon vous quelles sont les compétences/connaissances incontournables pour réaliser dans les règles de l’art un projet de construction/rénovation passive ?


Dans un premier temps, il nous semble essentiel de connaitre les fondements de la conception bioclimatique (orientation, compacité et apport solaire).

Il faut également avoir une bonne connaissance de la physique en général, des matériaux isolants, de la gestion des ponts thermiques et de l’étanchéité à l’air, … Autant d’éléments qui sont prépondérants à la réussite de projets performants et passifs.

Ensuite, il est nécessaire d’être rigoureux dans l’exécution des travaux et nécessite un suivi accru pendant la phase chantier et une bonne coopération des entreprises réalisant les travaux.

Nous sommes en train de traverser une crise qui touche le prix des matières premières, comment faites-vous face à cette situation ? 

Il s’agit d’avoir une approche pragmatique et logique malgré cette crise.

Nous nous adressons principalement à des personnes qui sont prêt à investir dans la qualité de leur projet plutôt que dans un projet trop grand ou trop sophistiqué par exemple.

Nous faisons preuve de pédagogie auprès de nos clients et nous leur expliquons que même si l’investissement initial n’est pas négligeable, le passif reste, malgré tout, la solution d’avenir et la meilleure réponse à long terme face à la hausse de l’énergie. Il est plus opportun d’investir dans la qualité de l’enveloppe thermique que dans des systèmes de chauffage et de refroidissement couteux à l’acquisition mais également en cout de fonctionnement.

A l’heure actuelle, pensez-vous que le passif soit la solution pour rendre la construction plus soutenable et pourquoi ? 

Oui, nous sommes convaincus que le passif est une solution clé pour rendre la construction plus soutenable. D’abord parce qu’il réduit drastiquement les besoins en énergie la dépendance aux énergies fossiles. Ensuite parce qu’il améliore le confort et la qualité de l’air intérieur, en offrant des bâtiments durables et résilients face aux évolutions climatiques et aux hausses de coûts de l’énergie.

Le passif n’est pas une simple tendance : c’est une approche globale qui place l’efficacité énergétique et le bien-être des occupants au coeur du projet. C’est donc une réponse concrète aux enjeux environnementaux et sociétaux d’aujourd’hui et de demain.

Pourriez-vous partager un moment mémorable ou une réalisation dont vous êtes particulièrement fier dans votre parcours professionnel ? Expliquez votre choix 

Nous sommes particulièrement fiers de nos locaux professionnels d’une surface de 134m² situés à Montceau-les-Mines (71300).

C’est la première rénovation passive certifiée de Bourgogne. Nous l’avons réalisé nous-même en matériaux biosourcés à partir d’un local commercial datant de 1990.

Depuis mars 2024, les locaux de Maison Passive 71 sont certifiés par le PHI. Une première en Saône et Loire et en Bourgogne !

Le niveau atteint est meilleur qu'une maison passive neuve avec seulement 10kWh/m² de besoin de chaleur. Un nouvel exemple, s'il en fallait, de la possibilité de faire du neuf avec de l'ancien.

 

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