30 septembre 2026
| Une |
Une certification Passihaus, ça se joue parfois sur des détails...A Poissy, plusieurs obstacles inattendus ont été rencontrés, sans pour autant nous empêcher d'atteindre notre objectif. Du chantier au certificat final, découvrez ce qui a fait la différence... |
L'Édito,
La performance se joue aussi sur le terrain
Concevoir un bâtiment passif performant est une première étape. S’assurer que cette performance est bien au rendez-vous une fois le bâtiment livré en est une autre. Le projet Vilogia Poissy en est une belle illustration : mise en service, équilibrage de la ventilation, contrôles sur site et suivi des installations ont joué un rôle déterminant dans l’aboutissement du projet.
À travers ce retour d’expérience, découvrez pourquoi les dernières étapes avant la certification sont essentielles… et comment le suivi en exploitation permet de faire vivre la performance dans la durée.
PROPASSIF a le plaisir d'annoncer la certification Bâtiment Passif Classique du projet Vilogia Poissy, situé au 91 B T Q Blanche de Castille (78300). Le certificat final a été délivré le 11 septembre 2026, avec l'autorisation du Passive House Institute de Darmstadt.
Un bâtiment mixte, trois usages
Le projet réunit sous une même enveloppe performante 15 logements collectifs, une crèche et des bureaux. Ce type de programme est exigeant : chaque usage a son propre système de ventilation double flux, ses propres horaires de fonctionnement et ses propres besoins de confort. Chacun a été modélisé et vérifié séparément dans des PHPP différents et ensuite consolidés.
Retour d'expérience : la mise en service, dernière étape et souvent la plus longue
Le blocage
Sur le projet de Vilogia Poissy, le chantier a été achevé en 2019, avec les logements dans les étages et le RdC utilisé comme bureaux temporaires pour Vilogia. Vilogia souhaitait que la certification finale se fasse lorsqu’une utilisation pérenne pour le RdC soit trouvée. En 2024, le projet de transformation des bureaux en crèche était lancé. Lorsque la certification finale fut lancée l’année suivante, les CTA du RdC étaient à l’arrêt. Les procès-verbaux de mise en service transmis présentaient des débits d'air neuf et d'air rejeté déséquilibrés, ainsi que des totaux erronés. Or, dans un bâtiment passif, la ventilation double flux conditionne la performance énergétique et le confort des habitants. Si le réseau est déséquilibré, l'efficacité de la récupération de chaleur baisse et une partie de l'air traverse l'enveloppe au lieu de passer par l'échangeur. Sans procès-verbaux corrects, le dossier ne pouvait pas être validé.
L’intervention
Les échanges à distance ne suffisaient plus.
En janvier 2026, nous nous sommes rendus sur site avec l'entreprise en charge de la ventilation et le responsable technique du maître d'ouvrage, pour assister à la remise en service des CTA.
Nous avons d'abord constaté que les deux CTA, celle de la crèche et celle des bureaux, ne fonctionnaient plus. Elles étaient en alarme et leurs filtres étaient encrassés. Aucune mise en service n'était possible dans cet état. Il a donc fallu commencer par les remettre en marche : les filtres ont été remplacés, les alarmes acquittées et les compteurs réinitialisés.
Un rapport de mise en service nous a ensuite été transmis. Il présentait des écarts de débits très importants, qui ne permettaient pas de certifier le bâtiment. Nous avons donc programmé une nouvelle visite le 4 août 2026 pour régler le problème. Lors de cette visite, nous avons constaté les écarts suivants :
• Une bouche d'extraction n'avait jamais été posée dans un bureau du rez-de-chaussée. Le conduit souple débouchait directement dans le faux-plafond, ce qui rendait impossible tout équilibrage du réseau.
• Dans le local technique, le calorifugeage des gaines d'air neuf et de rejet était incomplet et déchiré. Cela provoque des pertes de chaleur et un risque de condensation.
• Dans l'escalier, une cloison en plaques de plâtre était endommagée et laissait l'isolant à nu.
Nous avons rédigé un compte rendu de visite qui détaille chaque constat, ses conséquences et l'action corrective attendue, dont deux points à traiter en priorité.
À ce jour, les constats sont levés : les alarmes des deux CTA ont été corrigées, la cloison en plaques de plâtre a été remplacée, le calorifugeage des conduits a été repris et la bouche d'extraction manquante a été posée.
Le résultat
Grâce à ces actions, le dossier a pu être finalisé et le bâtiment a obtenu la certification Passivhaus Classique en septembre 2026.
Ce que nous en retenons
• La performance se vérifie sur site. Un PHPP conforme ne garantit pas une installation conforme. Une bouche manquante ou un isolant déchiré suffit à bloquer le label Passivhaus.
• La présence sur site fait gagner du temps. Une matinée sur place a permis d'avancer davantage que plusieurs mois de relances sur des procès-verbaux.
• Plus les défauts sont repérés tôt, moins ils coûtent. Une bouche d'extraction ou un calorifugeage se contrôle facilement avant la fermeture des faux-plafonds, beaucoup moins une fois le bâtiment livré.
• L'exploitation fait partie du projet. Le remplacement des filtres, le suivi des alarmes et le contrôle des débits conditionnent la performance du bâtiment dans la durée.
Pour aller plus loin : documentation du projet sur la base de données du PHI (Bâtiment mixte : tertiaire et logements collectifs)
La documentation de projet sur le site du PHI
Bâtiment mixte : tertiaire et logements collectifs
Le portrait du mois
Aujourd'hui, Clément Castel répond à nos questions.
Parlez-nous de votre entreprise
Energelio est un bureau d’études spécialisé dans la conception et le suivi de bâtiments passifs, qui a été créé en 2006. Depuis maintenant 20 ans nous travaillons sur tous types de bâtiments : habitation, enseignement, tertiaire et commercial. Notre ambition est d’apporter notre expertise pour rendre les bâtiments les plus sobres possibles, tant sur la dimension énergétique que sur leur impact environnemental en général.
Pour quelles raisons avez-vous choisi de développer le standard passif ?
Nous sommes convaincus depuis maintenant 20 ans que le passif est le meilleur standard pour permettre une réelle sobriété des bâtiments, que ce soit en neuf ou en rénovation, avec la démarche dédiée EnerPHit.
Selon vous quelles sont les compétences/connaissances incontournables pour réaliser dans les règles de l’art un projet de construction/rénovation passive ?
Pour aborder une conception / rénovation passive sereinement, nous recommandons très fortement que les concepteurs aient pu suivre une formation CEPH.
A l’heure actuelle, pensez-vous que le passif soit la solution pour rendre la construction plus soutenable et pourquoi ?
Dans un contexte d’instabilité politique, avec des conséquences importantes sur les prix de l’énergie, le passif permet d’opérer un véritable « sevrage » énergétique des bâtiments. Par ailleurs, sur le sujet brûlant du confort d’été avec des épisodes caniculaires répétitifs, le passif s’avère être une réponse extrêmement pertinente : l’enveloppe qui protège de la chaleur, et qui permet d’atteindre un très haut niveau de confort, avec une consommation de refroidissement quasi-nulle. Le passif fonctionne dans les deux sens ! En hiver vis-à-vis du chauffage et en été avec le refroidissement.
Y aurait-il un moment mémorable ou une réalisation dont vous êtes particulièrement fier dans votre parcours professionnel ?
Récemment, nous avons pu assister à l’aboutissement d’un projet démarré en conception en 2016 avec le bailleur social Vilogia. Un projet avec de très belles ambitions : passivhaus certifié, avec également une volonté affirmée d’intégrer du biosourcé dans la construction. Le projet de l’immeuble de Poissy avec Vilogia présente effectivement ses grandes façades et son dernier niveau en ossature bois avec remplissage de ouate de cellulose et des menuiseries bois/aluminium de haute qualité.
Ce projet combine un RDC commercial, avec des bureaux et un espace libre de preneur, et des logements dans les étages. L’opération avait pu bénéficier d’une première salve de labellisation pour les logements à la fin du chantier. Néanmoins, le RDC devait encore trouver preneur pour permettre une labellisation globale du bâtiment.
Récemment, une crèche s’est installée au RDC et a permis de finaliser l’ensemble de la démarche. Le passif s’est avéré être une source de facilité par rapport à un aménagement en coque vide non isolée. L’isolation des parois opaques et des menuiseries extérieures étaient déjà au top ! La performance de l’enveloppe thermique a ainsi permis de réaliser une adaptation du RDC du bâtiment pour accueillir cette nouvelle fonction d’accueil de la petite enfance au sein du bâtiment.
Dans le cadre de la conception initiale, les attentes techniques étaient prévues pour faciliter la transformation (attentes de plomberie et machine de ventilation au sein d’un local dédié). Des révisions sur les machines ont été nécessaires pour remettre en route l’installation, pour permettre d’assurer un renouvellement d’air adapté à l’usage de la crèche.