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18 janvier 2021

Le Plan de Rénovation par Etapes (PRE)

Le bâtiment consomme encore et toujours 45% de l'énergie produite en France et est la cause de 28%  des rejets de GES (indirects inclus). Comment réduire cette facture (salée) tout en évitant d'assommer financièrement les maîtres d'ouvrage ? Le plan de rénovation par étapes (PRE) est une façon de dissocier charge financière et travaux énergétiques, tout en évitant d' "épuiser le parc" par des "rénovations au pinceau" (de peu d'impact et menant dans une impasse: les rénovations suivantes sont rendues impossibles). Un premier article sur le (vaste) sujet: mieux vaut rénover à son rythme que pas du tout !


La lutte contre le changement climatique est intrinsèquement liée à nos habitudes de consommation énergétique (encore faut il le pouvoir !). On estime à l’heure actuelle qu’en France, environ 45% de l’énergie produite est consommée par le secteur du bâtiment. Bien que les bâtiments neufs soient soumis à des règles de plus en plus exigeantes en imposant une optimisation des conceptions qui aident à atteindre une sobriété énergétique toujours plus grande, il reste un chantier non négligeable si l’on veut réellement diminuer la part du bâtiment dans la consommation d’énergie: la r-é-n-o-v-a-t-i-o-n 


En effet, les structures les plus gourmandes sont souvent les plus vétustes, et leurs rénovations sont couteuses car elles nécessitent plus de travail de réflexion pour adapter les solutions du neuf à une structure vieillie, sans compter que de nombreux autres facteurs comme un monument classé ou des exigences particulières du maitre de l’ouvrage peuvent venir complexifier l’étude de rénovation.
Ainsi, rendre disponible des méthodes de rénovation plus abordables ou plus simples est absolument indispensable pour permettre des réhabilitations plus accessibles au plus grand nombre. En diminuant significativement leur consommation énergétique on contribue du même coup à atténuer leur impact sur le parc du bâtiment Français.


Le Plan de Rénovation par Etape est donc une des solutions envisageables pour palier à la complexité -apparente- des rénovations.
En répartissant les rénovations sur une période de temps plus longue cela permet de diluer les dépenses, et donc de plus facilement envisager une réhabilitation ambitieuse sans avoir à débourser toute la somme nécessaire d’un seul coup.
Planifier une rénovation par étape demande néanmoins la prise de précautions particulières, notamment du point de vue de la compatibilité des rénovations entre elles. Il faut penser le plan de rénovation pour que chacune des rénovations futures soient facilement intégrables dans celles qui ont déjà été réalisées, et que lors des périodes de transition entre deux étapes les habitants ne voient pas leur confort réduit par rapport à l’étape précédente.


Avant toute chose, pour planifier efficacement une rénovation par étape il faut analyser l’état actuel du bâtiment. Pour cela, il faut considérer d’un œil critique tous ses éléments, et pas seulement ceux dont la rénovation s’avère obligatoire. Dans notre cadre du PRE cela revient à dater l’installation ou la dernière rénovation des éléments constitutifs de la structure. Cette étape est importante car la rénovation va se faire ensuite par étapes, et donc au long cours: ainsi on ne va pas prioriser dans l’échéancier de la même manière la mise en œuvre d’une nouvelle installation de chauffage si la chaudière existante compte 5 ou bien 20 ans de fonctionnement.

Une fois cet état des lieux effectué, on peut commencer la planification du PRE. Il est normalement composé de 5 étapes.
La première est l’étape dite « Projet », ou l’on réalise l’étude préliminaire du bâtiment en prenant en compte la situation actuelle développée précédemment. Elle a lieu l’année de la réception du dossier client et aucune rénovation n’est effectué pendant cette période dédiée à l’analyse. Lors des 4 prochaines étapes, des rénovations seront effectuées par palier de 5 ans, cette durée est bien évidemment variable en fonction des besoins.
Cela aboutit à établir le diagramme suivant :


Nous avons donc 5 étapes essentielles à la labellisation EnerPhit, plus une sixième étape « optionnelle » permettant l’éligibilité au label EnerPhit Plus (EnR). Il peut être fait le choix de diviser en autant d’étapes que nécessaire, et la finalité peut être différente que l’obtention d’un label (qui n'a que sa valeur d'"Assurance Qualité" et de respect de la procédure).

Ces étapes seront répertoriées selon une nomenclature correspondant aux éléments dont on fait la rénovation. Dans cet exemple on obtient les étapes du PRE sous la forme :

-          1 : Existant

-          2 : Ventilation et Menuiseries

-          3 : Isolation Toiture et Dalle

-          4 : ECS et Solaire Thermique

-          5 : Isolation Murs extérieurs

-          6 : Solaire Photovoltaïque

Cette hiérarchisation est variable en fonction des contraintes du projet, notamment vis à vis de la gestion de la perméabilité a l’air du bâtiment.   

D'un point du vue pratique, la rénovation par étape s’implémente dans le PHPP grâce à l’utilisation de la feuille "variantes". En effet, leur utilité première est d’observer l’impact de certaines modifications sur les performances thermiques et énergétiques du bâtiment, et pour le cadre du PRE nous allons utiliser ces variables pour simuler des rénovation cumulatives.

On commence donc par remplir un PHPP classique pour une rénovation EnerPhit, dans lequel on saisit toutes les enveloppes et systèmes renseignés dans le dossier client. Une fois que c’est chose faite (et que le bâtiment est bien certifiable après réalisation de toutes les rénovations) on peut commencer à s’atteler à la saisie des variables comme prévu dans notre PRE.

Maintenant que notre PHPP est convenablement rempli avec ses variantes, on peut l’importer dans le fichier PRE pour observer plus graphiquement les conséquences de ces rénovation successives. Dans la feuille « Titre », dans la première ligne on doit inscrire le nom exact du fichier PHPP (Il doit être ouvert en parallèle pour que l’import fonctionne). Une fois chose faite vous devriez voir se mettre à jour la photo du bâtiment à rénover et les informations relatives à la localisation du bien. En dessous se trouve un histogramme récapitulatif de la consommation d’énergie pour le besoin de chauffage à chaque étape du projet.




Dans cette feuille se trouve un tableau synthétisant toutes les caractéristiques principales des composants à chaque étape de la rénovation. Les critères essentiels à la labellisation sont surlignés en couleur, rouge s’ils ne sont pas conformes et verts s’ils le sont pour garantir une meilleure lisibilité.

Il reste à l’utilisateur à remplir les étapes de rénovation et le libellé des travaux à prévoir, en accord avec les actions prévues dans la feuille Planification.

Le dernier tableau récapitule les coûts et les impacts sur la facture énergétique de chaque rénovation. Ainsi, on voit qu’à l’étape 1 pour chauffer convenablement cette passoire thermique il faudrait dépenser 35290 €/an, contre seulement 1560 en phase 5 et 6. La rénovation met en lumière l’aspect financier de la rénovation et nous donne une bonne idée de la durée nécessaire au retour sur investissement.




On se rend vite compte à quel point il est intéressant de rénover une vieille maison, rien que le changement de menuiserie, la ventilation et l’isolation du sol et du toit permettent une réduction de la facture énergétique de 67% par rapport a la situation initiale. En général, les actions les plus « rentables » en termes de baisse des coûts énergétiques sont les mesures d’isolations des murs, de la toiture et enfin de la dalle.

Cette rénovation par étape offre l’avantage non négligeable d’étaler dans le temps le coût de la rénovation d’un bâtiment et ainsi de la rendre plus accessible à un public qui n’a pas forcément les moyens d’investir une grosse somme d’argent. En effet, 17ans après le début de la rénovation le bâtiment peut prétendre au label Enerphit, et après 22ans à son homologue Enerphit Plus.

Bien entendu, privilégier cet aspect de la rénovation entrainera d’autre problèmes. En effet, une maison avec une enveloppe thermique très efficace et étanche dépourvu de ventilation sera très mal aérée, et pour palier à cela les habitants seront contraints de fréquemment ouvrir les fenêtres, réduisant de fait grandement l’efficacité thermique de la structure dans son ensemble. En outre, sans ventilation pour brasser l’air, les apports de chaleur internes localisé ne seront pas bien dissipés, pouvant entrainer l’apparition de zones chaudes et froides à l’intérieur de la maison. Enfin, avec un logement très bien isolé mais équipé d’une chaudière archaïque on s’expose a de gros risques de surchauffe. La chaudière ayant été dimensionnée pour la maison dans son état d’origine, elle est donc à présent bien trop puissante et surdimensionnée par rapport aux besoins de chauffage, et les utilisateurs seront probablement contraint d’évacuer le surplus de chaleur produite par une ventilation manuelle.

Il faut ainsi nuancer ce coût théorique global, qui dans la pratique se verra imputer plusieurs facteurs de fonctionnement non pris en compte par le PHPP ou le PRE qui feront diminuer l’efficacité thermique de la maison en rénovation. En conséquence, bien que le gain énergétique soit flagrant, il ne faut pas négliger la perte de confort induite par l’installation échelonnée des composants essentiels d’un bâtiment passif. Il conviendra de voir avec le principal intéressé quels sont les rénovations prioritaires selon ses propres critères du ratio bien-être/coût global. 


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